
Stress
« Ce n’est pas le stress qui nous tue, c’est notre réaction face à celui-ci. »
– Hans Selye
Qu’est-ce que le stress?
Lors de la perception d’une menace, une cascade de réactions se déclenche, amorçant ce que nous appelons communément la réponse de stress. Pour mieux comprendre ce phénomène, il est essentiel de différencier les deux grands types de stresseurs que notre cerveau est capable de reconnaître, soit le stresseur absolu ou le stresseur relatif.
Stresseur absolu vs relatif
Le stresseur absolu fait référence à une menace réelle à notre survie. Imaginez croiser un ours lors d’une randonnée en montagne ou découvrir un feu de cuisine chez vous. Ce sont des situations où la menace est palpable et immédiate.
Le stresseur relatif, quant à lui, ne menace pas notre survie. Le stresseur relatif dépend plutôt de notre perception ou interprétation de la situation. Ce qui est perçu comme étant un stresseur relatif pour une personne ne le sera pas nécessairement pour une autre, soulignant l’importance des facteurs individuels dans cette réaction. Par exemple, une présentation devant ses collègues, qui ne met pas notre vie en danger évidemment, peut déclencher une réponse de stress chez une personne et pas chez l’autre.
Lorsqu’il s’agit de comprendre les stresseurs relatifs, les chercheurs ont identifié quatre éléments clés qui déclenchent cette réponse :
Contrôle faible
Imprévisibilité
Nouveauté
Égo menacé (lorsque notre valeur individuelle est mise à l’épreuve)
La chercheuse Sonia Lupien, qui dirige le Centre d’études sur le stress humain, a d’ailleurs développé un acronyme pour faciliter la mémorisation de ces éléments clés: CINÉ. Nous vous encourageons d’ailleurs à consulter le site web du Centre d’études sur le stress humain qui comporte une foule d’informations sur le stress.
Réponse physiologique de stress
Lorsqu’une situation est perçue comme étant stressante, notre organisme déclenche une série de réactions biochimiques visant à préparer le corps à réagir, que ce soit pour fuir ou pour affronter la menace (réponse « combat ou fuite »). Deux principaux systèmes de stress physiologiques sont activés : système nerveux autonome, qui mène à la libération d’adrénaline et de noradrénaline, ainsi que l’axe hypothalamo-pituito-surrénalien (axe HPS), qui mène à la libération de la principale hormone de stress chez l’humain, le cortisol.
Lorsque nous sommes confrontés à un stresseur aigu, que ce soit un stresseur absolu ou relatif, notre corps augmente la production et la libération de cortisol. Cette réponse immédiate est ce que nous appelons le « cortisol réactif ». Il a plusieurs rôles :
- Augmenter la disponibilité du glucose dans le sang pour rapidement fournir de l’énergie aux muscles.
- Moduler certaines fonctions du système immunitaire.
- Inhiber les fonctions non essentielles dans un contexte de danger, comme la digestion.
- Moduler les fonctions reproductives.
- Moduler la cognition et la vigilance.
Le cortisol basal fait plutôt référence au cortisol présent dans notre organisme en dépit de stresseurs aigus. Il suit généralement un rythme circadien, avec des concentrations plus élevées dans les minutes suivant le réveil, et des concentrations qui diminuent progressivement tout au long de la journée. Ce niveau de cortisol basal a plusieurs fonctions essentielles :
- Réguler le métabolisme des glucides, des graisses et des protéines.
- Moduler la réponse immunitaire.
- Réguler la pression sanguine.
- Aider à la gestion du cycle veille-sommeil.
En bref, le cortisol basal est essentiel pour le bon fonctionnement du corps et du cerveau, et le cortisol réactif est adaptatif et permet au corps de se mobiliser face au stresseur. Par contre, lorsque le stress devient chronique, il peut mener au développement de pathologies physiques et psychologiques.
Réponse subjective de stress
En plus d’être associée à des manifestations biologiques, la réponse de stress présente également une dimension psychologique. Celle-ci est tout aussi importante que la réponse physiologique, car elle façonne notre vécu du stress.
- Perception et évaluation : Lors de l’évaluation d’une situation, la perception de celle-ci peut déclencher ou non une réponse de stress. Deux personnes peuvent être confrontées à la même situation potentiellement stressante, l’une la percevant comme une menace, tandis que l’autre la voit comme un défi. Cette différence de perception influencera grandement leur réponse émotionnelle et comportementale face à cette situation.
- Émotions et sentiments : Lorsque la situation est perçue comme étant menaçante, une gamme d’émotions (souvent désagréables) peut être déclenchée. Cela peut aller de l’anxiété à la frustration, en passant par la peur ou même l’excitation… toutes ces émotions pouvant être accompagnées de la sécrétion des mêmes hormones de stress! Nos émotions sont le reflet de la manière dont nous vivons le stress intérieurement.
- Stratégies d’adaptation : Face au stress, nous utilisons des stratégies d’adaptation (aussi appelées ‘stratégies de coping’) pour y faire face, que ce soit consciemment ou inconsciemment. Ces stratégies peuvent varier d’une personne à l’autre : certaines choisiront le combat, d’autres la fuite, tandis que certaines adopteront une approche plus cognitive, cherchant des solutions ou demandant de l’aide. Pour d’autres idées sur les différentes façons de mieux réguler vos émotions, voir section Émotions.

Il est important de noter que la réponse subjective de stress ne se traduit pas toujours par une réponse biologique. Une personne peut ressentir une grande détresse émotionnelle sans pour autant présenter des niveaux élevés de cortisol ou d’autres indicateurs physiologiques du stress. Inversement, notre corps peut réagir biologiquement à une situation sans que nous la ressentions comme particulièrement stressante.
Sommes-nous tous égaux face au stress?
Le stress est une réponse adaptative universelle à des défis ou des menaces, mais sa manifestation, sa durée et son impact peuvent varier considérablement d’une personne à l’autre. Différents facteurs influencent notre perception, notre réponse et notre capacité à gérer la situation.
Événements de vie antérieurs
Chaque individu a une histoire unique faite d’expériences et d’événements vécus. Ces expériences, qu’elles soient positives ou négatives, jouent un rôle déterminant dans la manière dont une personne perçoit et réagit au stress à l’âge adulte. Par exemple, quelqu’un qui a vécu de nombreux défis et qui les a surmontés pourrait être mieux outillé pour faire face à de nouvelles situations stressantes. Parmi les évènements de vie antérieurs, l’adversité précoce a également une influence marquée. L’adversité précoce fait référence au fait d’avoir vécu des traumas ou des expériences adverses durant l’enfance (tels que la maltraitance, la négligence, la perte d’un être cher, l’abus) peut moduler la réponse de stress plus tard au cours de la vie. L’adversité précoce peut prédisposer certains individus à être plus sensibles ou vulnérables face au stress, et augmenter les risques de souffrir de psychopathologies associées au stress chronique comme la dépendance aux substances, l’anxiété et la dépression.
Facteurs psychologiques et traits de personnalité
Certains facteurs psychologiques et traits de personnalité peuvent aussi influencer notre perception et ainsi notre réponse de stress. Voici une liste (non exhaustive !) de traits de personnalité ayant reçu une attention particulière en science du stress :
- Préconceptions de stress : Les préconceptions de stress (ou stress mindsets, en anglais) influencent la réponse de stress de l’individu. Voir le stress comme négatif peut intensifier la réponse, alors que le percevoir comme un défi peut atténuer la réponse.
- Estime de soi : La manière dont un individu évalue sa propre valeur et ses capacités. Une estime de soi faible peut amplifier la perception du stress, car la personne peut se sentir moins capable d’affronter des défis ou des situations difficiles.
- Hostilité : La tendance à percevoir les autres avec méfiance, suspicion ou animosité. L’hostilité est souvent accompagnée d’une disposition à réagir de manière agressive ou défensive. Les personnes ayant des niveaux élevés d’hostilité peuvent être plus promptes à interpréter les intentions ou les actions d’autrui comme malveillantes, même lorsque ce n’est pas le cas. Cette perception biaisée négativement peut intensifier leur réaction au stress, car elles peuvent voir des menaces ou des conflits là où il n’y en a pas réellement.
- Sensibilité à l’anxiété : La tendance à interpréter les sensations corporelles liées à l’anxiété, tels une augmentation du rythme cardiaque ou des tremblements, comme des signes alarmants de danger ou de maladie. Cette interprétation amplifie souvent leurs symptômes physiques, cognitifs et comportementaux. Cette sensibilité peut rendre ces individus particulièrement vulnérables au stress, car ils peuvent interpréter des signaux corporels normaux comme des indicateurs qu’ils sont dans une situation menaçante..
- Tendance à la rumination : Un processus cognitif où l’individu réfléchit de manière obsessive à des événements passés ou à des soucis futurs, sans parvenir à une conclusion ou à une solution. Cette tendance à ruminer peut prolonger et exacerber les sensations de stress, car la personne s’empêtre dans des cycles répétitifs de pensées qui renforcent les émotions négatives, rendant difficile la transition vers des pensées ou des actions constructives.
- Intolérance à l’incertitude : Ce trait décrit la difficulté que certains individus ont à tolérer le sentiment d’incertitude ou d’ambiguïté concernant le futur. Les personnes avec une forte intolérance à l’incertitude peuvent ressentir une anxiété marquée face à des situations imprévisibles ou inconnues. Cette sensibilité peut les rendre particulièrement réactives au stress, car elles peuvent avoir du mal à gérer et à s’adapter à des situations qui ne sont pas clairement définies ou dont les issues sont incertaines.
Comment mesurer le stress?
Les mesures psychologiques
Les composantes psychologiques de la réponse de stress peuvent être évaluées à l’aide de différents questionnaires auto-rapportés qui ont été validés par des études scientifiques. Plusieurs outils existent, certains permettent davantage de mesurer le stress aigu (en réponse à une situation stressante) et d’autres examinent davantage les éléments du stress chronique. En général, ces questionnaires sont composés d’une liste d’items qui réfèrent à des manifestations psychologiques (par ex., je me sens stressé), physiologique (par ex., mon coeur bat la chamade) et cognitives (par ex., j’ai de la difficulté à me concentrer). Les individus doivent identifier à quel point chaque item leur correspond en utilisant une échelle graduée (par ex., sur une échelle de 1 à 10).

Les mesures biologiques
Pour quantifier l’activation du système nerveux autonome, il est possible de mesurer l’activité de certains marqueurs somatiques, dont la fréquence cardiaque, la variabilité cardiaque, la réponse électrodermale et la pression artérielle.
Pour quantifier l’activation de l’axe hypothalamo-pituito-surrénalien, plusieurs métriques biologiques permettent de mesurer les concentrations de cortisol. Pour mesurer la réactivité cortisolaire et le cortisol basal, des échantillons de salive sont fréquemment utilisés, quoique les échantillons sanguins peuvent également être employés. Fait intéressant, la méthode d’échantillons de salive est plus récente et évite aux participants d’être stressés par la prise de sang (sinon on ne sait plus ce qu’on mesure !).
Les échantillons d’urine et de cheveux permettent également de quantifier les concentrations de cortisol. Par contre, ces métriques fournissent des indicateurs cumulatifs. Cela peut être utile pour avoir une estimation des niveaux de cortisol sur une période de quelques heures (via les échantillons d’urine) ou de quelques mois (via les échantillons de cheveux).

Quelle est la différence entre le stress aigu et le stress chronique?
Le stress passe par plusieurs étapes, généralement décrites en trois phases :
- La mobilisation d’énergie (stress aigu) : Cette première étape constitue la réponse adaptative à une situation perçue comme stressante. Le cerveau déclenche la réponse de stress biologique qui permet de combattre ou fuir la situation. Nous pouvons généralement observer une augmentation du rythme cardiaque, une accélération de la respiration, une augmentation de la vigilance ainsi que la préparation à l’action. Cette phase d’alarme est de courte durée. Une fois la menace terminée, le corps retourne à son état d’équilibre et de repos.
- La résistance : L’étape de résistance succède celle de la mobilisation d’énergie lorsque la situation stressante persiste dans le temps. Ainsi, le corps continue à sécréter des hormones de stress, principalement le cortisol, pour tenter de composer avec la situation qui perdure. Les caractéristiques physiques de la phase précédente peuvent persister, mais à moindre intensité. De plus, une fatigue accrue, une sensation de surmenage, de la colère ainsi qu’une baisse du système immunitaire importante peuvent survenir lors de cette étape, étant donné que le corps tente de puiser dans les réserves d’énergie afin de combattre la menace.
- L’épuisement graduel des ressources (stress chronique) : Cette étape constitue la dernière étape de la réponse du stress. L’épuisement survient lorsque la situation perçue comme stressante est maintenue à long terme. Ainsi, le corps a épuisé une grande partie de ses ressources pour y faire face. Il est possible d’observer des atteintes au niveau du fonctionnement, comme une fatigue extrême, de l’insomnie chronique ainsi que des problèmes de santé physique et mentale. Au plan physique, l’exposition prolongée au stress a été associée à un risque accru de développer certains troubles cardiovasculaires ou encore le diabète de Type II. Le stress chronique peut aussi avoir un effet néfaste sur la santé psychologique. En effet, plusieurs études ont montré des associations entre le stress chronique et certaines psychopathologies, comme la dépression, l’épuisement professionnel et les troubles anxieux.
Ainsi, l’exposition prolongée à une situation perçue comme stressante peut avoir des répercussions importantes sur la santé, autant physique que psychologique. Il est donc primordial de reconnaître les signaux liés à l’épuisement et de développer des stratégies d’adaptation efficaces afin de prévenir les effets néfastes du stress chronique.

Quelles sont les régions cérébrales impliquées dans le stress?
Plusieurs régions cérébrales sont impliquées dans la réponse de stress. D’abord, la réponse de stress est initiée par une cascade hormonale qui débute et prend fin dans le cerveau. L’hypothalamus (première glande impliquée dans l’axe hypothalamo-pituito-surrénalien – axe HPS) et la glande pituitaire sont les deux glandes du cerveau qui initient la réponse de stress et mènent ultimement à la sécrétion de cortisol par les glandes surrénales. Le cortisol a la capacité de passer la barrière hémato-encéphalique pour atteindre le cerveau. Une fois au cerveau, le cortisol se lie à ses récepteurs. Ceux-ci sont situés sur différentes régions cérébrales. D’abord, l’hypothalamus et la pituitaire sont riches en récepteurs de cortisol. Lorsque le cortisol se lie aux récepteurs sur ces régions, il exerce une rétroaction de type négative, c’est-à-dire qu’il diminue l’activité de ces glandes. Ultimement, cela permet aux glandes de diminuer la production des hormones de stress, ce qui aide le corps à revenir à un état d’équilibre.

Le cortisol a également de nombreux récepteurs dans l’hippocampe, l’amygdale et le cortex préfrontal. Ces régions agissent comme des modulateurs de l’axe HPS. En effet, l’hippocampe et le cortex préfrontal freinent l’activité de l’axe HPS, alors que l’amygdale sert plutôt d’activateur de l’axe HPS. Globalement, l’activité de l’axe HPS est constamment modulée par les signaux inhibiteurs et activateurs qu’il reçoit de l’hippocampe, de l’amygdale et du cortex préfrontal. Cela influence directement l’activité de l’hypothalamus et de la pituitaire, qui initient la réponse de stress. Une fois au cerveau, le cortisol se lie aux récepteurs dans ces cinq régions cérébrales, ce qui aide à réguler la réponse de stress et ultimement retrouver un équilibre hormonal.
Est-ce que le stress affecte les fonctions cognitives?
Le cortisol a de nombreux récepteurs dans l’hippocampe, l’amygdale et le cortex préfrontal. Ces régions cérébrales sont responsables de nombreuses fonctions cognitives et émotionnelles. Notamment, l’hippocampe est important pour l’apprentissage et la mémoire, l’amygdale est liée au traitement des émotions, alors que le cortex préfrontal est essentiel pour la régulation des émotions, ainsi que diverses fonctions exécutives (par ex., la prise de décision, la planification et la flexibilité cognitive). Ainsi, lorsqu’un individu est stressé, il y a de fortes chances que les hormones de stress sécrétées influencent ces différentes fonctions cognitives.
On pense souvent, à tort, que l’effet du stress sur les fonctions cognitives est nécessairement néfaste. Par contre, de nombreuses études scientifiques réalisées sur le sujet suggèrent que la relation entre stress et cognition est fort complexe. Prenons l’exemple de la mémoire. Nous avons tous en tête l’exemple d’un oubli lors d’un examen. Nous étions stressés et nous n’arrivions plus à trouver la réponse à la question. Conclusion : le stress nuit à la mémoire. Dans cet exemple, c’est en effet le cas. Par contre, il faut nuancer, car les effets du stress sur la mémoire dépendent de plusieurs facteurs, notamment la nature du souvenir. En général, le stress favorise la mémoire des informations émotionnelles. C’est d’ailleurs pour cela qu’on arrive à avoir un souvenir très vif de certains événements chargés en émotions (une fête surprise, une rupture, un événement historique de notre génération).

Il est également important de souligner que de nombreuses études ont suggéré une relation en U inversé entre le stress et la performance. Cette relation suggère que de très faibles ainsi que de très hauts niveaux de stress auraient un effet négatif sur la performance, alors qu’un niveau modéré de stress mènerait à des performances optimales. En effet, un niveau modéré de stress comporte de nombreux avantages, dont une augmentation de la vigilance et du niveau d’énergie. C’est donc sans surprise que cela peut également avoir des répercussions positives sur le plan cognitif.
Les hommes et les femmes réagissent-ils de la même façon au stress?
Le sexe biologique, c’est-à-dire le fait de naître homme ou femme, influencent la réponse de stress biologique et subjective. De manière générale, les femmes rapportent une plus grande réponse de stress subjective, alors que les hommes présentent une plus grande réactivité biologique face à un stresseur. Or, il est important de nuancer cette affirmation. Cela serait particulièrement le cas lorsque le stresseur implique une composante liée à la performance (par ex., donner une présentation évaluée par les pairs). Par contre, cette différence entre les hommes et les femmes serait atténuée avec l’âge, puisque les femmes ménopausées ont tendance à présenter des réponses biologiques de stress plus élevées qui s’apparentent davantage à celles des hommes.

Ce phénomène pourrait être expliqué par la diminution de la sécrétion des hormones sexuelles en lien avec la ménopause. Des différences sexuelles existent également pour le stress chronique. Les femmes semblent plus susceptibles de vivre du stress chronique que les hommes, indépendamment de la mesure de stress utilisée (psychologique ou biologique). Cela pourrait contribuer au fait que les femmes sont plus à risque de développer certains problèmes de santé mentale, dont la dépression et les troubles anxieux.