
Anxiété
« Worry often gives a small thing a big shadow. »
– Proverbe suédois
Qu’est-ce que l’anxiété ?
L’anxiété est un état mental courant qui est caractérisé par une tension interne désagréable, une appréhension et une inquiétude profonde en lien avec un événement négatif futur. Il s’agit habituellement d’une réaction émotionnelle et physiologique normale qui permet de se préparer à une situation potentiellement dangereuse.
Cependant, lorsque les inquiétudes et les craintes d’un individu deviennent excessives et qu’elles génèrent une grande souffrance psychologique, l’anxiété devient pathologique. C’est donc un phénomène qui est à la base adaptatif et normal, mais qui peut se manifester à différents degrés de sévérité chez chaque individu.
Comment se manifeste l’anxiété dans notre corps ?
L’anxiété peut se présenter de différentes façons dans notre corps, que ce soit par des réactions physiologiques, psychologiques ou comportementales. Il est important de noter que le fait de vivre certaines de ces réactions ne veut pas nécessairement dire qu’il s’agit d’un trouble anxieux.
Réactions physiologiques
- Accélération du rythme cardiaque
- Difficulté à respirer
- Maux de ventre
- Maux de tête
- Bouffées de chaleur/frissons
- Problèmes gastro-intestinaux
Réactions psychologiques
- Difficultés de concentration
- Pensées intrusives anxiogènes
- Sentiment d’inquiétude
- Sentiment de perte de contrôle
- Problèmes de mémoire
- Anticipation fréquente de résultats négatifs
- Insomnie
Réactions comportementales
- Agitation
- Irritabilité
- Difficultés à prendre des décisions
- Évitement de certaines situations stressantes
- Recherche de réassurance
- Sur-vérification

L’anxiété est-elle un état temporaire ?
Pour bien comprendre l’anxiété, il importe de distinguer l’état anxieux du trait anxieux.
L’état anxieux
L’état anxieux rassemble les réactions psychologiques et physiologiques d’un individu au moment d’une situation stressante circonscrite. Il s’agit d’un état temporaire qui disparaît habituellement une fois la situation stressante terminée. Par exemple, il est possible de se retrouver dans un état anxieux avant un rendez-vous médical important.
Le trait anxieux
Le trait anxieux, quant à lui, est un trait qui fait partie de la personnalité d’un individu. Il est plus stable dans le temps et constitue une caractéristique typique des personnes ayant un trouble anxieux. Par exemple, une personne qui a tendance à s’inquiéter pour une vaste gamme de situations et qui cherche toujours à contrôler toutes les sphères de sa vie pourrait avoir un trait anxieux. Le trait anxieux ne constitue pas un diagnostic de trouble anxieux. Lorsque l’anxiété devient envahissante, incontrôlable et perturbe significativement notre quotidien, elle peut être le signe d’un trouble anxieux.
En 2021, c’est un peu plus de 8 % des Québécois âgés de 12 ans et plus qui ont reçu un diagnostic d’un trouble anxieux par un professionnel de la santé. Il existe plusieurs troubles anxieux dont le trouble panique, l’agoraphobie, le trouble d’anxiété sociale, le trouble d’anxiété généralisée, le trouble d’anxiété de séparation et la phobie spécifique.
Que se passe-t-il dans un cerveau anxieux ?
Lorsqu’on fait face à une situation stressante, il est normal de ressentir parfois de l’anxiété. Le cerveau se met alors en action et prépare le corps à « affronter » le stresseur.
Normalement, lorsque la situation stressante est passée, l’anxiété diminue. Dans un cerveau anxieux, ce n’est pas tout à fait ce qui se passe : le circuit neuronal de la peur est dérégulé.
Certaines études ont démontré qu’il existe une régulation inadéquate de certains neurotransmetteurs (messagers chimiques qui transmettent les signaux entre les différentes parties du cerveau) chez les personnes anxieuses. Trois principaux neurotransmetteurs ont été identifiés, soit la sérotonine, la noradrénaline et l’acide gamma-aminobutyrique (GABA). La concentration de ces neurotransmetteurs dans le système limbique, qui contrôle la mémoire et les réactions à l’anxiété et à la peur, est responsable de l’anxiété que certaines personnes éprouvent. Un dérèglement de la concentration de noradrénaline peut aussi expliquer certaines manifestations physiologiques de l’anxiété comme le rougissement du visage, la transpiration et l’augmentation du rythme cardiaque.
Grâce aux techniques modernes d’imagerie cérébrale, les chercheurs ont pu étudier l’activité anormale de zones précises du cerveau de personnes atteintes de troubles anxieux. L’amygdale (noyau cérébral), qui joue un rôle important dans l’apprentissage de la peur, tend à être suractivé chez les gens qui souffrent d’un trouble anxieux. Le cortex préfrontal ventromédian, qui joue un rôle dans la régulation de la peur, tend à moins s’activer lors d’une situation de régulation de la peur.
Est-ce qu’il y a des facteurs qui prédisposent aux troubles anxieux ?
Plusieurs facteurs prédisposent aux troubles anxieux. Il est possible de regrouper ces facteurs en trois grandes catégories, soit les facteurs psychologiques, les facteurs associés à l’environnement, et les facteurs biologiques. Avant de continuer, il est important de noter que la présence de ces facteurs ne conduit pas automatiquement au développement d’un trouble anxieux.
Les facteurs psychologiques
Plusieurs facteurs psychologiques ont été identifiés comme pouvant augmenter le risque de développer un trouble anxieux. C’est notamment le cas de la sensibilité à l’anxiété, qui représente le degré auquel un individu craint que les manifestations cognitives, physiques et sociales de l’anxiété entraînent des conséquences négatives, et du névrosisme, qui représente la tendance à vivre des émotions négatives comme la tristesse, la peur et la colère. L’intolérance à l’incertitude, qui décrit la difficulté que certains individus ont à tolérer le sentiment d’incertitude ou d’ambiguïté concernant le futur, est également un trait de personnalité qui a été associé au développement des troubles anxieux. Notons que certains traits liés au tempérament des jeunes enfants ont également été liés au développement de troubles anxieux, tel que l’inhibition comportementale, qui représente la tendance stable à réagir aux personnes, lieux et objets nouveaux par des comportements de méfiance ou d’évitement.
Les facteurs liés à l’environnement
D’autres facteurs liés à l’environnement des individus ont été associés comme étant des facteurs de risque au développement de troubles anxieux. Notamment, les événements de vie antérieurs jouent un rôle déterminant dans la manière dont une personne perçoit et réagit à l’anxiété à l’âge adulte. Par exemple, quelqu’un qui a vécu de nombreux défis et qui les a surmontés pourrait être mieux armé pour faire face à de nouvelles situations anxiogènes. De plus, le fait d’avoir été exposé à de l’adversité précoce (par ex., maltraitance, négligence, perte d’un être cher, l’abus.) peut prédisposer certains individus à être plus sensibles ou vulnérables face à l’anxiété, et augmenter les risques de souffrir de psychopathologies associées à l’anxiété. Notons également que d’autres facteurs liés à l’environnement, notamment la consommation de substance et un environnement parental dysfonctionnel en bas âge ont été associés au développement des troubles anxieux.
Les facteurs biologiques
Finalement, notons que les troubles anxieux ont également une composante biologique, notamment sur le plan héréditaire, qui interagissent avec des facteurs environnementaux. Le fait d’avoir des antécédents familiaux de troubles anxieux peut augmenter le risque d’un individu, mais ne garantit pas le développement d’ un tel trouble.

Qu’est-ce que l’anxiété de performance ?
Dans les écrits scientifiques, l’anxiété de performance est définie comme étant un type spécifique d’anxiété qui se manifeste en réaction aux situations d’évaluation. Par exemple, une personne pourrait vivre de l’anxiété de performance face à un examen scolaire, une performance artistique ou une entrevue d’embauche, car ce sont toutes des situations où sa performance sera évaluée.
L’anxiété de performance se manifeste sur le plan cognitif, physiologique et comportemental de manière similaire à l’anxiété. De plus, plusieurs problématiques ont été liées à ce type d’anxiété.

Les difficultés liées à l’anxiété de performance
L’anxiété de performance est liée à plusieurs difficultés. Cette forme d’anxiété a notamment été associée à un risque plus élevé de décrochage scolaire et de développement de troubles anxieux et dépressifs.
Notons que l’un des éléments le plus souvent étudié en lien avec l’anxiété de performance est le rendement scolaire des élèves. Certains chercheurs partagent un point de vue affirmant que l’anxiété de performance entraîne un rendement plus faible chez les élèves. Autrement dit, selon ce point de vue, l’anxiété de performance serait la cause, et l’obtention d’un rendement scolaire plus faible serait la conséquence. Une autre perspective affirme plutôt que ce sont les élèves avec de moins bons rendements scolaires qui rapportent vivre plus d’anxiété de performance. Alors, le rendement plus faible serait la cause, et le haut niveau d’anxiété de performance serait la conséquence. Qui a raison ?
Les résultats des études scientifiques soutiennent les deux conceptions et varient en fonction de la population étudiée, de la méthodologie utilisée et des analyses statistiques employées. Davantage d’études seront nécessaires pour faire lumière sur la situation, d’où l’importance de rester à l’affût des avancées scientifiques dans le domaine.
Liste de références sélectionnées
Beesdo, K., Knappe, S., & Pine, D. S. (2009). Anxiety and Anxiety Disorders in Children and Adolescents : Developmental Issues and Implications for DSM-V. The Psychiatric clinics of North America, 32(3), 483-524. https://doi.org/10.1016/j.psc.2009.06.002
Bridou, M., & Aguerre, C. (2012). L’anxiété envers la santé : Définition et intérêt clinique d’un concept novateur et heuristique. Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique, 170(6), 375-381. https://doi.org/10.1016/j.amp.2010.11.017
Campanella, S., & Streel, E. (2008). Expressions faciales émotionnelles et biais émotionnels dans les troubles dépressifs et anxieux. In Psychopathologie et neurosciences—Questions actuelles de neurosciences cognitives et affectives(De Boeck Supérieur, p. 150-167).
Gouvernement du Québec. (2023). À propos des troubles anxieux. Gouvernement du Québec. https://www.quebec.ca/sante/conseils-et-prevention/sante-mentale/informer-sur-troubles-mentaux/troubles-mentaux/troubles-anxieux/a-propos-troubles-anxieux
Marcotte-Beaumier, G., Hebert, E. A., & Dugas, M. J. (2020). Le Questionnaire sur les comportements sécurisants du trouble d’anxiété généralisée (QCS-TAG) : Validation auprès d’un échantillon clinique. Canadian Journal of Behavioural Science / Revue canadienne des sciences du comportement, 52(4), 324-330. https://doi.org/10.1037/cbs0000181
Marin, M.-F., Zsido, R. G., Song, H., Lasko, N. B., Killgore, W. D. S., Rauch, S. L., Simon, N. M., & Milad, M. R. (2017). Skin Conductance Responses and Neural Activations During Fear Conditioning and Extinction Recall Across Anxiety Disorders. JAMA Psychiatry, 74(6), 622-631. https://doi.org/10.1001/jamapsychiatry.2017.0329
Rector, N. A., Bourdeau, D., Kitchen, K., Joseph-Massiah, L., & Laposa, J. M. (2016). Les troubles anxieux Guide d’information. https://www.camh.ca/-/media/files/guides-and-publications-french/anxiety-guide-fr.pdf
Leal, P. C., Goes, T. C., da Silva, L. C. F., & Teixeira-Silva, F. (2017). Trait vs. State anxiety in different threatening situations. Trends in Psychiatry and Psychotherapy, 39, 147-157. https://doi.org/10.1590/2237-6089-2016-0044
Blanco, C., Rubio, J., Wall, M., Wang, S., Jiu, C. J., & Kendler, K. S. (2014). Risk factors for anxiety disorders: common and specific effects in a national sample. Depression and anxiety, 31(9), 756-764. https://doi.org/10.1002/da.22247
Prince, E. J., Siegel, D. J., Carroll, C. P., Sher, K. J., & Bienvenu, O. J. (2021). A longitudinal study of personality traits, anxiety, and depressive disorders in young adults. Anxiety, Stress, & Coping, 34(3), 299-307. https://doi.org/10.1080/10615806.2020.1845431
Sandstrom, A., Uher, R., & Pavlova, B. (2020). Prospective association between childhood behavioral inhibition and anxiety: a meta-analysis. Research on Child and Adolescent Psychopathology, 48, 57-66. https://doi.org/10.1007/s10802-019-00588-5
Smoller, J. W. (2016). The genetics of stress-related disorders: PTSD, depression, and anxiety disorders. Neuropsychopharmacology, 41(1), 297-319. https://doi.org/10.1038/npp.2015.266
Wilmer, M. T., Anderson, K., & Reynolds, M. (2021). Correlates of quality of life in anxiety disorders: review of recent research. Current Psychiatry Reports, 23, 1-9. https://doi.org/10.1007/s11920-021-01290-4
Von der Embse, N., Jester, D., Roy, D., & Post, J. (2018). Test anxiety effects, predictors, and correlates: A 30-year meta-analytic review. Journal of affective disorders, 227, 483-493. https://doi.org/10.1016/j.jad.2017.11.048Jerrim, J. (2023). Test anxiety: Is it associated with performance in high-stakes examinations?. Oxford Review of Education, 49(3), 321-341. https://doi.org/10.1080/03054985.2022.2079616