
Peur
« Dans la vie, rien n’est à craindre, tout est à comprendre. »
– Marie Curie
Qu’est-ce que la peur ?
La peur est une émotion essentielle à la survie de l’être humain. Elle est ressentie à la suite de l’exposition à un stimulus ou une situation qui représente une menace pour l’individu. La peur permet de faire face à la menace en se préparant à agir. D’ailleurs, la réponse de combat ou fuite survient généralement dans un contexte de peur. Par exemple, imaginons un individu qui fait une randonnée en forêt et qui arrive face à un coyote qui grogne et montre les crocs. La peur d’être attaqué par l’animal va rapidement mener l’individu à mobiliser ses ressources pour s’enfuir à la course ou utiliser ce qui l’entoure pour se défendre. Bien que la peur soit une émotion essentielle, elle peut parfois devenir pathologique.
Que se passe-t-il lorsque la peur est trop faible ou trop forte ?
Bien que la peur soit une émotion normale et essentielle à la survie, elle peut atteindre des niveaux dysfonctionnels. D’un côté, une personne qui ressent peu de peur et ne craint pas les conséquences négatives, peut prendre des décisions risquées (par ex., conduite dangereuse, comportements sexuels à risque). D’un autre côté, le fait de ressentir des niveaux trop élevés de peur dans un contexte où cela n’est pas adapté peut nuire au bon fonctionnement et avoir des conséquences délétères. Différentes pathologies liées à la peur existent, comme les troubles anxieux et le trouble de stress post-traumatique. Ces pathologies sont associées à des niveaux de peur élevés et une difficulté à réguler ses émotions. Il importe de noter que d’autres éléments caractérisent ces psychopathologies et qu’elles ne sont pas que le résultat d’une peur excessive.


Bien que la peur soit une émotion normale et essentielle à la survie, elle peut atteindre des niveaux dysfonctionnels. D’un côté, une personne qui ressent peu de peur et ne craint pas les conséquences négatives, peut prendre des décisions risquées (par ex., conduite dangereuse, comportements sexuels à risque). D’un autre côté, le fait de ressentir des niveaux trop élevés de peur dans un contexte où cela n’est pas adapté peut nuire au bon fonctionnement et avoir des conséquences délétères. Différentes pathologies liées à la peur existent, comme les troubles anxieux et le trouble de stress post-traumatique. Ces pathologies sont associées à des niveaux de peur élevés et une difficulté à réguler ses émotions. Il importe de noter que d’autres éléments caractérisent ces psychopathologies et qu’elles ne sont pas que le résultat d’une peur excessive.
Quels sont les mécanismes d’apprentissage ?
Les peurs se développent à la suite de situations vécues de façon directe ou indirecte dans notre environnement.
Apprentissage direct
L’apprentissage de la peur peut se faire à la suite d’une exposition directe à des stimuli menaçants qui ont été associés avec des stimuli neutres, ce qui est appelé conditionnement de la peur.
Le conditionnement de la peur est un processus d’apprentissage au cours duquel un stimulus neutre (un stimulus qui ne provoque pas de peur comme un chien) est associé avec un stimulus aversif (un stimulus qui provoque une réaction de peur comme une morsure). À la suite d’une ou plusieurs associations entre ces deux stimuli, une réponse de peur se développe face au stimulus neutre. Donc, de manière plus concrète, si vous vous promenez dans la rue et que vous vous faites agresser par un chien, il est possible que vous développiez un apprentissage de la peur par conditionnement. En d’autres mots, il y a eu un apprentissage direct de la peur des chiens.

Apprentissage indirect
La peur peut aussi être apprise de façon indirecte, par observation ou par instruction.
Lors d’un apprentissage par observation, une personne apprend à craindre quelque chose en observant les réactions de peur d’une autre personne. Par exemple, si un enfant observe son parent avoir une forte réaction de peur en présence d’un chien, l’enfant peut apprendre à craindre les chiens par simple observation.

L’apprentissage de la peur peut aussi se faire par le biais d’instructions, lorsqu’une personne reçoit des informations effrayantes sur un objet, un lieu ou une situation. Elle peut par la suite développer une peur associée à ces éléments, sans même avoir vécu elle-même la situation.
Les informations peuvent être transmises à travers des vidéos, les médias ou des histoires. Par exemple, si un parent répète à son enfant que les chiens sont dangereux, celui-ci pourrait apprendre par instruction que le chien représente un danger.
Que se passe-t-il dans notre corps lorsque nous avons peur ?
Lorsque nous ressentons de la peur, notre cerveau et notre corps s’activent. Cela se manifeste par des changements dans l’activation de différentes régions du cerveau et l’activation du système nerveux autonome.
Régions du cerveau impliquées dans la peur
Le circuit de la peur implique de nombreuses régions cérébrales qui travaillent de concert pour permettre l’expression ainsi que la régulation de cette émotion.
Ces régions incluent notamment l’amygdale, l’hippocampe et le cortex préfrontal ventromédian.

- L’amygdale : Elle a longtemps été vue comme étant la région responsable de l’expression de la peur. De nombreuses études ont montré que l’amygdale est impliquée dans le traitement des émotions et qu’elle est importante pour l’expression de la peur et les apprentissages associatifs impliquant la peur (par ex., le fait de développer une peur des chiens après avoir été mordu par un chien). Cela dit, des études montrent aussi son rôle dans l’apprentissage de la sécurité, ce qu’on appelle l’extinction de la peur. Cette dernière fait référence à la capacité d’apprendre qu’un stimulus ne prédit plus une conséquence aversive. Règle générale, l’amygdale est activée lorsqu’un individu a peur et/ou fait des apprentissages associatifs liés à la peur.
- L’hippocampe : Il est important pour la formation de nouveaux apprentissages et joue un rôle clé pour enregistrer les informations de l’environnement entourant la peur. Par exemple, il est important de savoir que certains stimuli peuvent être annonciateurs d’un danger, mais seulement dans un contexte ou une situation donnée. L’incapacité à contextualiser certaines informations peut être associée à la généralisation de certaines peurs à de nombreux contextes sécuritaires, menant à des réponses de peur dysfonctionnelles.
- Le cortex préfrontal ventromédian : Il est essentiel pour la régulation de la peur. Il joue un rôle clé dans l’apprentissage de l’extinction de la peur. L’activation de cette région permet de diminuer l’expression de la peur. Alors que certaines régions, dont l’amygdale, servent de moteur à l’expression de la peur, le cortex préfrontal ventromédian agit comme un frein sur celle-ci.
Réponse biologique de peur
Lorsque nous ressentons de la peur, le système nerveux autonome s’active, ce qui engendre plusieurs réactions physiologiques, incluant la libération d’adrénaline. Cela induit une augmentation du rythme cardiaque, de la pression artérielle, de la respiration, de la sudation de la peau, la dilatation des pupilles et la contraction des muscles.
Comment cesser d’avoir peur ?
Bien que ça puisse sembler contre-intuitif, la meilleure façon pour diminuer la peur est de s’exposer au stimulus de peur. Il est important que cette exposition soit graduelle. Par exemple, une personne qui a peur des chiens pourrait dans un premier temps passer du temps avec un petit chien sans même devoir le flatter. Elle pourrait par la suite s’en approcher et le toucher pour éventuellement arriver à flatter l’animal. L’idée est de diviser l’objectif en petites étapes et de tolérer l’inconfort associé à l’exposition. Cet inconfort diminuera graduellement. Il faut être patient, le cerveau prend plus de temps à apprendre la sécurité qu’à apprendre la peur !
Liste de références sélectionnées
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Velasco, E. R., Florido, A., Milad, M. R., & Andero, R. (2019). Sex differences in fear extinction. Neurosci Biobehav Rev, 103, 81-108. doi:10.1016/j.neubiorev.2019.05.020
« We generate fears while we sit. We overcome them by action. »
– Henry Link