
Trauma
«Trauma is a fact of life. It does not, however, have to be a life sentence.»
– Peter A. Levine
Qu’est-ce qu’un événement traumatique?
Un événement est potentiellement traumatique lorsqu’il menace la vie ou l’intégrité physique ou sexuelle d’une personne. Les accidents graves de la route, les catastrophes naturelles, les conflits armés ainsi que les agressions physiques et sexuelles en sont des exemples.
Des événements stressants ou bouleversants tels que des difficultés financières, la perte d’un emploi ou un divorce ne sont pas considérés comme des événements traumatiques puisqu’ils n’impliquent pas de menace à la vie ou à l’intégrité physique ou sexuelle de la personne. Les événements traumatiques sont fréquents. Au Canada, 76% des gens rapportent avoir vécu au moins un événement traumatique au cours de leur vie. Il existe différents types d’événements traumatiques tels que les événements directs, indirects, de type I et de type II.

Les types d’événements traumatiques
Les événements traumatiques directs impliquent qu’une personne soit directement exposée à l’événement traumatique ou qu’elle soit témoin d’une personne elle-même exposée à un événement traumatique (par ex., être victime ou témoin d’une agression physique).
Les événements traumatiques indirects incluent le fait d’apprendre qu’un membre de sa famille ou un proche a vécu un événement traumatique ou d’être exposé de manière répétée à des détails troublants d’un événement traumatique dans le cadre de son travail (on peut penser notamment aux policiers et aux psychologues).
Les événements traumatiques de type I sont ponctuels, soudains, inattendus et d’une durée limitée (p. ex., catastrophe naturelle, accident de la route, vol à main armée). Quant à eux, les événements traumatiques de type II sont répétitifs et de longue durée. Ils sont souvent interpersonnels (issus d’une action humaine délibérée) et plus prévisibles (par ex., violence conjugale, abus physique ou sexuel dans l’enfance).
Quels sont les symptômes vécus suite à l’exposition à un événement traumatique ?
À la suite d’un événement traumatique, certains symptômes peuvent survenir tels que :

- Symptômes d’intrusion (par ex., souvenirs répétitifs, involontaires et envahissants de l’événement traumatique, cauchemars, réactions dissociatives (flashbacks), détresse psychologique ou réactivité physiologique accrue lors de l’exposition à des éléments liés à l’événement traumatique) ;
- Évitement des souvenirs, pensées, sentiments, personnes, endroits ou situations liés à l’événement traumatique ;
- Altérations des cognitions et de l’humeur (par ex., croyances ou attentes négatives envers soi-même, les autres ou le monde, état émotionnel négatif, réduction des intérêts, détachement) ;
- Altérations de la réactivité (par ex., irritabilité, comportements autodestructeurs, hypervigilance, difficultés de concentration et de sommeil).
La présence de ces symptômes dans le mois qui suit un événement traumatique peut être tout à fait normale et ne signifie pas que la personne développera nécessairement un trouble de stress post-traumatique.
Qu’est-ce que le trouble de stress post-traumatique ?
Lorsque les symptômes vécus suite à l’exposition traumatique persistent plus d’un mois et qu’ils engendrent une détresse importante ou une altération significative du fonctionnement, on parlera alors de trouble de stress post-traumatique. Le trouble de stress post-traumatique touche 25 à 35% des personnes exposées à des événements potentiellement traumatiques. Cela dit, la prévalence à vie dans la population générale est de 8 à 10%.

Il faut noter que les symptômes n’apparaissent pas immédiatement après un événement traumatique. Chez certaines personnes, ces symptômes se développeront plus tard, parfois jusqu’à des années après l’exposition à l’événement traumatique. Par ailleurs, le trouble de stress post-traumatique s’accompagne souvent d’autres troubles de santé mentale. En effet, 60 à 75% des personnes avec un trouble de stress post-traumatique sont affectées par un autre trouble de santé mentale tel que la dépression, l’abus d’alcool et de substances et différents troubles anxieux.
Pourquoi certaines personnes développent-elles un trouble de stress post-traumatique et d’autres non ?
Plusieurs facteurs de risque peuvent augmenter la vulnérabilité à développer un trouble de stress post-traumatique. On regroupe généralement ces facteurs en trois catégories, soit les facteurs prédisposants ou pré-traumatiques (avant l’événement), les facteurs déclencheurs ou péri-traumatiques (pendant ou immédiatement après l’événement) et les facteurs de maintien ou post-traumatiques (après l’événement).

Les facteurs prédisposants (pré-traumatiques)
Certains facteurs présents avant l’exposition à un événement traumatique peuvent augmenter la vulnérabilité à développer un trouble de stress post-traumatique. Par exemple, le sexe féminin, le jeune âge, le stress chronique, les antécédents de symptômes ou de troubles de santé mentale, l’exposition passée à des événements traumatiques, certains traits de personnalité (par ex., névrosisme) et de faibles niveaux de cortisol basal ont tous été associés à un plus grand risque de développer un trouble de stress post-traumatique. L’utilisation de stratégies d’adaptation passives comme l’évitement et la rumination de même qu‘un faible sentiment d’efficacité personnelle sont également des facteurs de risque pré-traumatiques. À l’inverse, certains de ces facteurs peuvent également être des facteurs de protection. En effet, l’utilisation de stratégies d’adaptation actives (par ex., résolution de problèmes) et un fort sentiment d’efficacité personnelle réduisent le risque de développer un trouble de stress post-traumatique.
Les facteurs déclencheurs (péri-traumatiques)
Les caractéristiques spécifiques de l’événement (par ex., événements de type II, traumas interpersonnels, violence, sévérité, blessure physique), les émotions de la victime (par ex., peur, horreur, impuissance), les réactions dissociatives (par ex., se sentir à l’extérieur de son corps), la ressemblance avec des événements traumatiques passés ou avec la vie de la victime (par ex., si l’événement est arrivé à une victime qui nous ressemble) et de faibles niveaux de cortisol basal au moment de l’événement sont des facteurs péri-traumatiques qui augmentent le risque de développer un trouble de stress post-traumatique.
Les facteurs de maintien (post-traumatiques)
La recherche a démontré à de nombreuses reprises l’importance du soutien social en tant que facteur de protection face au trouble de stress post-traumatique. À l’inverse, l’absence de soutien social ou un soutien social inadéquat contribuent au développement ou au maintien du trouble. D’autres facteurs de risque présents après un événement traumatique incluent les comportements d’évitement, les séquelles physiques, les poursuites judiciaires et certaines interprétations cognitives liées à l’événement traumatique (par ex., penser que c’est notre faute). Les stratégies d’adaptation passives et un faible sentiment d’efficacité personnelle à la suite de l’exposition à un événement traumatique peuvent aussi influencer le développement et le maintien du trouble.
Les hormones de stress jouent-elles un rôle dans le développement du trouble de stress post-traumatique ?
De façon générale, les études ont rapporté de faibles niveaux de cortisol basal chez les adultes qui souffrent d’un trouble de stress post-traumatique comparativement à ceux en santé. Les évidences scientifiques actuelles suggèrent que ces faibles niveaux de cortisol pourraient représenter un facteur de risque pré-traumatique (avant l’événement traumatique) ou péri-traumatique (durant ou directement après l’événement traumatique).
En effet, de faibles niveaux de cortisol avant l’exposition à un événement traumatique ont été associés au développement ultérieur de symptômes post-traumatiques. De plus, des études ont montré que de faibles niveaux de cortisol directement après l’exposition à un événement traumatique (par ex., à l’arrivée à l’hôpital après un accident de voiture) étaient aussi associés au développement ultérieur de symptômes post-traumatiques. Cependant, il est possible que ces faibles niveaux de cortisol découlent de l’exposition antérieure à des événements traumatiques. Précisément, les niveaux de cortisol pourraient diminuer à la suite d’un événement traumatique, ce qui rendrait les personnes plus à risque de développer des symptômes post-traumatiques lors d’une exposition ultérieure à un événement traumatique.

Existe-t-il des différences sexuelles dans le trouble de stress post-traumatique ?
La prévalence du trouble de stress post-traumatique est deux fois plus élevée chez les femmes que chez les hommes, et celles-ci présentent une symptomatologie plus sévère et persistante que les hommes. Cette vulnérabilité chez les femmes peut s’expliquer par différents facteurs.
D’abord, il est possible que les études épidémiologiques recensent davantage le trouble de stress post-traumatique chez les femmes, car elles ont tendance à parler de leurs symptômes et à chercher de l’aide plus souvent que les hommes.

Ensuite, bien que les hommes soient exposés à un nombre légèrement plus grand d’événements traumatiques que les femmes, ces dernières sont plus souvent victimes d’agressions sexuelles et de viols que les hommes. Ces événements traumatiques sont associés à une plus grande sévérité et durée des symptômes post-traumatiques que les événements traumatiques davantage vécus par les hommes (par ex., agressions physiques).
Finalement, puisque la prévalence du trouble de stress post-traumatique augmente chez les femmes à la puberté, une période marquée par les changements hormonaux, le rôle des hormones sexuelles (par ex., progestérone, estrogène) a suscité un intérêt particulier au cours des dernières années. Des études suggèrent notamment que la progestérone, et potentiellement l’estrogène, pourraient favoriser la formation de souvenirs émotionnels intenses liés à l’événement traumatique. Ces souvenirs intenses pourraient contribuer aux symptômes d’intrusion du trouble de stress post-traumatique. Cependant, les hormones sexuelles chez les femmes n’ont pas toujours des conséquences néfastes. En effet, des études suggèrent que l’estrogène faciliterait l’extinction (la régulation) de la peur chez les femmes.

Somme toute, le rôle des hormones sexuelles dans la vulnérabilité à développer un trouble de stress post-traumatique est complexe et les résultats divergent parfois entre les études. Il est donc important de rester critique. De plus, plusieurs autres facteurs peuvent expliquer la différence entre les femmes et les hommes tels que des facteurs liés au genre.
Que faire après un événement traumatique?
À la suite d’un événement traumatique, l’individu peut se sentir plus fragile, irritable ou même triste, ce qui est tout à fait normal. Il est donc important de prendre soin de soi. Prendre soin de soi, c’est d’abord répondre à ses besoins. Cela permet de retrouver un sentiment de contrôle. Il est donc important de prendre un moment pour identifier ses besoins. Voici quelques actions qui peuvent aider l’individu à répondre à ses besoins et à retrouver un état émotionnel plus positif.

- Être à l’écoute de ses besoins : Suite à l’exposition à un événement potentiellement traumatique, être à l’écoute de ses propres besoins est crucial. Cela permet d’identifier et d’adresser les réactions émotionnelles et physiques. Reconnaître et respecter ses limites est une étape fondamentale.
- Besoin de se connecter aux autres : Appeler ou passer du temps avec un proche pour obtenir du soutien émotionnel, demander à quelqu’un de l’entourage de l’aide avec certaines tâches ou encore planifier une soirée avec une personne significative.
- Ne pas oublier les besoins de base (prendre soin de son corps permettra de soutenir l’équilibre de son esprit) : S’assurer de bien se nourrir pour avoir de l’énergie, faire de l’exercice physique pour contrer l’humeur triste ou la déprime, éviter le surentraînement ou la surconsommation d’alcool ou de drogue et porter attention à son sommeil en établissant une routine simple, mais récurrente pour les jours suivants l’événement.

Les émotions ou la détresse peuvent parfois être submergeantes et il ne faut pas hésiter à demander de l’aide. La psychothérapie s’avère aussi efficace pour traiter les symptômes découlant du trouble de stress post-traumatique. La thérapie cognitive-comportementale orientée vers le trauma est parmi les traitements les plus appuyés scientifiquement pour traiter les symptômes du trouble de stress post-traumatique. La thérapie cognitive-comportementale orientée vers le trauma, par exemple, comprend diverses composantes telles que des stratégies thérapeutiques (psychoéducation, régulation de l’anxiété et restructuration cognitive) et des stratégies d’exposition, visant à diminuer les comportements d’évitement et la détresse associée à l’événement traumatique. D’autres approches en psychothérapie permettent également de traiter le trauma et ont aussi fait leurs preuves. Le choix d’une psychothérapie demeure personnel et dépend de différents facteurs tels que la personnalité, les attentes par rapport au processus thérapeutique, la motivation, le style du thérapeute et la qualité de la relation thérapeutique. Le site de l’Ordre des Psychologues du Québec (https://www.ordrepsy.qc.ca/) peut aider à faire un choix.
Liste des références sélectionnées
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